COMPTE-RENDU DE L’ÉTAPE DU TOUR BY MAUDE – LES BORNÉES BRAQUENT L’ÉTAPE

« L’étape la plus difficile depuis 1993 » selon l’organisateur de la course Pascal QUATREHOMME. Fort heureusement, j’apprends cette information sur le chemin du retour de l’Étape du Tour et non pas avant mon inscription sinon je pense que mon choix aurait été tout autre.

Sur le Village

LES JOURS AVANT

Mais raconter cette étape nécessite aussi de raconter l’avant, car, comme toutes compétitions nous avons quelques jours à attendre et pour nous le départ vers Annecy se fit dès le mercredi matin. De quoi nous laisser du temps pour nous acclimater mais aussi appréhender. Je ne pourrais compter les conversations à ce sujet avec l’équipe, les avis, les craintes, les analyses de cols, les comparaisons avec d’autres cols effectués … je pense que tout notre entourage qui ne prenait pas le départ de la course a fait preuve d’une patience hors norme.

Pour nous rassurer, nous petites parisiennes n’ayant jamais grimpé de cols de notre vie, nous avons décidé de faire une sortie le jeudi avec deux cols : Solaison et La Colombière (jusqu’au Reposoir puis monter l’autre versant de la Romme). Malgré le fait que cela ne soit pas le parcours de l’EDT et que nous avons descendons le col de la Romme plutôt que de le monter, nous avons pu rapidement acclimater nos corps à l’altitude et au dénivelé.

Forcément les premiers doutes s’installent quand on voit les profils des coureurs qui prennent le départ. Il se murmure que cette année sera difficile, que le Plateau des Glières va laisser des morts qu’il faudra faire attention dans les descentes car il va y avoir des accidents. Forcément très rassurant quand on débute ses premiers cols sur une cyclosportive de renom.

A l’arrivée avec les filles de l’équipe

LE JOUR J

Le rendez-vous est donné à 7h15 le matin de l’épreuve avec toutes l’équipe de filles : Rozenn, Solène, Vanessa et moi-même, mais aussi deux hommes de l’équipe : Antoine et Paul. Le but étant de prendre le départ ensemble dans le SAS 13 pour faire redescendre la pression. On nous remarque tous habillés dans nos beaux maillots bleus. Le stresse est présent de mon côté et Solène le ressent ce qui lui fera répéter des « ça va bien se passer Maude ». Il faut dire qu’être accompagnée sur cette course donne du courage avec nos copains qui viennent nous embrasser avant le départ et cette team unie. D’ailleurs, une promesse sera faite sur cette ligne de départ « On commence ensemble, on termine ensemble ». Entendez par cela, on s’attend en haut et en bas des cols.

Vous imaginez l’image ? Quatre femmes, novices sur l’étape du tour, qui prennent le départ et ne se lâcheront pas jusqu’à la fin. De quoi mettre un coup de pied à l’égoïsme sportif et prouver la combativité de chacune.

Les premiers kilomètres s’enchainent et nous ne respectons pas nos allures, bien trop rapides avec ce faux plat descendant. Certains s’abritent derrière nous … je commence à me demander si nous ne sommes pas en train de nous cramer bêtement. Puis viennent les deux petites « bosses » avant le col de la Croix Fry. De quoi réchauffer les jambes et aussi de se poser des questions car comme toutes les premières montées, le cardio et les jambes tirent (pour tout le monde d’ailleurs vu les essoufflements autours de moi). Ca promet pour la suite.

La Croix Fry

Au bas du col de la Croix Fry, premier ravitaillement, on mange, on boit, on va aux toilettes et c’est parti pour l’ascension. Chacune à son rythme et on se retrouvera en haut. Celle là sera longue avec ses 13km en serpent mais il y a des supporters sur la route pour nous redonner le sourire et visiblement être une fille est assez rare pour mériter bien plus d’encouragements que pour les autres. Certains commencent déjà à marcher et je me dis qu’ils sont mal barrés vu que ce col est le plus facile de la journée. Je croise un anglais qui me dit « C’est bien plus difficile qu’en Angleterre », tu m’étonnes… De mon côté les jambes vont bien, c’est plus le cardio qui m’inquiète et cette chaleur qui tape fort. Je n’ai que des isotoniques dans mes gourdes donc impossible de me tremper. Je viderais l’une d’entre elle en haut pour garder une gourde d’eau sur les Glières. En haut, Rozenn et Solène m’attendent avec Paul, il ne manque plus que Vanessa.

Une fois le ravito liquide passé, nous descendons en bas pour cette fois manger un morceau. On sait que le plus dur arrive, les Glières. Le fameux plateau que nous redoutons toutes avec ses 6km à 11%. Alors on fait le plein de forces, mais je n’arrive pas à manger autant qu’il faudrait, j’ai le ventre noué. Je le payerais plus tard.

En haut des Glières

Les Glières

On roule à fond entre les deux cols pour dérouler les jambes et on se donne rendez-vous en haut. Je double énormément sur les premières montées du plateau et déjà certains ont mis pied à terre. Mais je m’accroche, impensable de mettre le pied à terre. Il fait chaud, je me trempe toutes les 10’, je bois au maximum mais je sens que quelque chose ne va pas. D’un coup, mes bras se mettent à trembler, les mains aussi. Je reconnais directement les signes d’une baisse de sucre et l’hypoglycémie qui y est associée. Dans une montée à 17% je peux vous dire qu’il est impossible de poursuivre. Je mets pied à terre et je me jette sur une pâte de fruits pour booster mon taux de sucre. Je bois des gorgées d’isotonique toutes les minutes et je continue à marcher pour garder les jambes actives. Je ferais quelques petits zigzag à pied le temps de récupérer de la lucidité et là, après 100m de marche je croise un monsieur qui me dit « dans 500m il y a un replat profitez en ! ». C’est noté, dans 500m je remonte sur le vélo, le temps de faire le plein de réserves et relancer mon corps. Le hasard fera que je vais croiser sur ce moment de replat Antoine qui était derrière moi, et je vais me motiver d’autant plus à repartir. J’arriverais 5 bonnes minutes avant lui en haut, comme quoi s’alimenter m’aura fait du bien. Je sais qu’en haut de la côte se trouve une sorte d’oeuvre d’art avec un vélo. Je la vois, je sais que l’effort est fini. Arrivée en haut je n’ai plus rien dans les gourdes, je suis clairement dans mes réserves glucidiques et je regarde si je vois les membres de mon team. Je ne vois que des gens épuisés se jetant sur une buvette qui fait payer les consommations (business first même sur l’étape !). Devant moi s’étendent les 2km de graviers et je décide de m’élancer, je sais qu’au bout se trouve le stand Alltricks avec mon équipe et staff. Ils passeront tellement vite et facilement, un soulagement.

Rozenn et Solène m’accueillent avec le staff Alltricks à bras ouverts. Je leur explique ma mésaventure et tous me disent d’en profiter pour remplir mes gourdes, boire et surtout manger.

On redescend jusqu’à Fillière en passant par le col des Fleuries qui achève moralement pas mal de cyclistes après les pentes des Glières. Tout le monde a besoin d’un peu de repos et de faire du jus pour les deux derniers cols et on se retrouve tout de même à grimper cette belle bosse sur plusieurs kilomètres. Et pourtant ce col passera vite grâce à un monsieur qui reconnait mon maillot et me demande où sont les autres filles de ma team. On papote pendant plusieurs minutes du projet Les Bornées, de sa fille qui est aussi cyclistes, des voyages qu’il a réalisé avec elle. Alors, si ce monsieur en vient à lire mon article, un grand merci pour ces paroles échangées. Elles me donneront du baume au coeur pendant plusieurs kilomètres.

Arrivées à Fillière la récompense était là : deux de nos chéris nous attendaient avec des ravitos mais surtout beaucoup d’encouragements. Nécessaires après ce que l’on venait de traverser et avant les kilomètres qui arrivaient face à nous. Un passage au ravito en plus et nous voilà parties pour ce que beaucoup appelleront « la traversée du désert ». Entendez par là des kilomètres de plat avec un vent pleine face afin de rejoindre le col de la Romme. Notre mot d’ordre pour cette partie était « tranquillement, on fait du jus et on se cache dans un peloton ». Et bien nous ne respecterons rien : nous avons roulé à 28km/h de moyenne, toutes les quatre devant et avec un peloton qui s’abritait allègrement derrière nous. Beaucoup nous ont remercié à la fin car ils ont pu se refaire dans nos roues. Personnellement, je commence à refaire des réserves à force de boire des gorgées d’isotonique et de manger.

La Romme

Autant dire, le deuxième gros morceau de la journée où beaucoup nous avaient fait comprendre qu’il fallait être fraiches avant d’y arriver. Nous décidons donc de faire une grosse pause au ravito pour bien manger (des Tuc et du pain), bien s’hydrater (+ consommer du coca) et faire une pause pipi. A ce stade je n’arrive plus à manger des barres spécialement conçues pour le sport. Je sature clairement de ces goûts. Rozenn me donne un petit shot de gel à base de miel et nous sommes reparties. Rendez-vous au sommet comme à notre habitude.

Les premiers kilomètres commencent fort avec un léger replat et à nouveau des pourcentages à 10%. De quoi serrer les dents pour la plupart des cyclistes, d’ailleurs beaucoup marchent, d’autres sont carrément allongés sur le bas côté, et moi ? Moi, je mouline ! A chaque moment d’ombre je me mets dans un état d’esprit positif, j’écoute les conversations des anglais autour de moi et je double, je double des dizaines de personnes épuisées. Ca me motivera tellement de me sentir encore forte alors que d’autres inévitablement faiblissent. Plusieurs sont surpris de voir une petite nana les doubler avec aisance, de quoi booster ma motivation.

J’arrive en haut en étant au top. Il faut dire que j’avais descendu ce col et j’en connaissais certaines partie, j’ai donc découpé la montée et cette dernière est passée plus vite que prévu. Arrivée en haut, je vois que les filles commencent à souffrir avec Rozenn qui a un début de crampe dans le fessier et Solène qui souffre au niveau du genou. Il est temps que ça se termine, nous en sommes à 9h15 d’effort. Après l’arrivée de Vanessa nous partons en direction du Reposoir où mes parents nous attendent ainsi qu’un dernier ravitaillement solide. Nous ferons le plein de sourires, d’encouragements, d’eau et de nourriture avant d’attaquer l’épreuve finale : le col de la Colombière.

La Colombière

Sacré col que cette montée, de beaux pourcentages et surtout à la fin puisque les 3 derniers kilomètres sont supérieurs à 10%. Autant dire que c’est l’hécatombe, de plus en plus de personnes marchent, s’arrêtent voire abandonnent. Moi, j’ai un second souffle et je double, je double, je double. Je passerais devant Karim (un ami parisien) et Solène (dont le genou commence sérieusement à la faire souffrir). J’aurais les encouragements d’un monsieur qui lit mon prénom sur mon dossard et me dit « Bravo Maude, vous m’impressionnez » alors que je suis en train de le doubler. Je souris à un concurrent assis en souffrance sur le bas côté et il me répond « Joli ! ». Je ne saurais pas si il parlait de moi, de mon état d’esprit ou de ma performance mais à ce stade de la journée je prends le compliment sans me poser de question.

Arrivée en haut, je commence à avoir froid. On ne s’attarde pas trop, juste le temps de boire un coca, d’attendre Vanessa et de repartir. Et là, c’est LE meilleur moment : la descente vers le Grand Bornand. J’y prends un plaisir fou et je fais des virages de plus en plus rapides. Mais notre mot d’ordre étant de passer la ligne d’arrivée ensemble, nous nous arrêtons 3km avant l’arrivée pour attendre toute l’équipe. Cette image sera d’ailleurs la plus forte, passer la ligne toutes ensemble sous les acclamations de la foule qui voit cette équipe de nanas habillées en bleu arriver. Je suis galvanisée et je finis avec un sprint en danseuse alors que nos cuisses devraient être à bout.

C’est fait, nous sommes finishers de l’étape du tour 2018. Très difficile à réaliser après tous ces doutes, cette souffrance, ces mois de préparation. Les accolades fusent, les larmes, les acclamations, les cris, les rires. Je pense que notre compteur à émotions est à son maximum.

Cette épreuve, ce projet, ces femmes et hommes qui nous ont accompagné sur Les Bornées resteront ma plus grande fierté.

Le mot de la fin : Les Bornées Braquent L’Étape !

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