COMPTE-RENDU DE L’ÉTAPE DU TOUR BY VANESSA – ON L’A FAIT!

11 mois. Depuis ce moment oú Maude me propose sur un coup de tête de prendre notre dossard pour l’Etape du Tour, à aujourd’hui dans le SAS 13, assise sur mon vélo entourée de mon équipe composée d’hommes et de femmes qui affichent tous la même tête, entre excitation, peur et appréhension.

Il est 8h15, le départ est donné par le speaker qui dans son micro crie « Rendez-vous au Grand Bornand! ».  On passe sous l’arche, nos puces sonnent. Ça y est, Solène, Rozenn, Maude et moi-même partons pour ce qui sera l’épreuve sportive la plus folle de notre vie.

L’Étape du Tour 2018 pour rappel, c’est 169km, 4 000 D+ et 4 cols. Les premiers kilomètres se font au rythme du réveil du lac d’Annecy, en douceur. On profite tous du paysage et on essaye de se contenir sur notre cadence pour éviter tout surmenage avant les cols. Les routes sont complètement fermées, ce qui donne un sentiment de liberté et de sécurité que j’ai rarement eu dans ma (très) jeune carrière de cycliste.

Mais le calme est de courte durée puisqu’on attaque les premières bosses ou cols pas réellement répertoriés dans le brief initial de l’étape. Mon cardio s’enflamme. Je ne suis pas la meilleure grimpeuse de l’équipe. Je sais que je vais devoir serrer les dents pour ne pas trop prendre de retard sur le groupe. 

Avant de partir, on a toutes décidées de s’attendre en haut et en bas des cols. Nous tenions vraiment à terminer cette épreuve ensemble. Pourtant le col de la Croix Fry va rapidement faire revenir mes vieux démons. 13 longs kilomètres qui passent lentement autant sur le bitume que dans ma tête. Ce n’est que le premier col, il faut gérer le rythme, faire attention aux autres cyclistes, et arriver au premier ravitaillement en étant encore fraiche.

Et ça passe. On sait maintenant que le tant redouté col des Glières n’est plus très loin. J’ai déjà l’impression de ne faire que boire et manger depuis le départ. Par sécurité je prends un gel pour tenter de me booster. Et c’est parti. Des rampes qui piquent, des écarts avec les filles qui s’agrandissent et surtout, plus les kilomètres passent, plus les cyclistes marchent. Au point que d’être encore sur son vélo à 1km du sommet vous donne l’impression d’être un ovni.

Dans ma tête c’est Bagdad. J’essaye de trouver toutes les excuses du monde pour abandonner. Je suis à 3km/h dans une pente où chaque coup de pédale me rappel que j’aurai peut-être dû plus pousser chez km0. Et puis le sommet est là. Petite nature que je suis, je craque en arrivant au stand de mon équipe Alltricks où les filles m’attendent. Je ne le savais pas, mais je venais de passer, ce qui sera, à mon sens, le col le plus compliqué. 

Crédit photo Olivier Guillot

Arrive la traversée du désert. Une trentaine de kilomètres sous un soleil de plomb, à essayer de s’économiser avant le col de la Romme. C’est long, très long. Le moindre dénivelé me rappel que les jambes ont déjà commencées à charger. 

Dernier ravitaillement avant d’attaquer celui que certains membres de l’équipe appellent « le serpent ». Les Tucs et le Coca deviennent mes alliés numéro 1 pour me rebooster. Pourtant petit coup de panique et sms à mes amis cyclistes et anciens coach de tri « j’ai peur, je suis au col de la Romme, je ne sais pas si je vais pouvoir y arriver ». 

Pas le temps de lire les réponses, nous sommes déjà reparties. Malheureusement un seul chemin mène à Romme, et celui-ci va être très long. Après plus d’une heure de « cyclo- slow motion », j’aperçois le haut du col et le ravitaillement tant attendu par mes gourdes à sec. Les parents de Maude sont là et au petit soin pour nous. On essaye de manger ce qu’on trouve, on recharge, prend quelques photos, remercie Pascal et Patricia pour leur présence. 

La Colombière n’attend plus que nous. Je ne sais même pas quelle heure il peut être. Je sais juste que le petit vent frais et le chant des cigales (oui oui à la montagne) me font penser que c’est l’heure de l’apéro. 

Ce col, c’est l’apothéose, avec un 11% de dénivelé sur les 3 derniers kilomètres. L’idée, pour arriver en haut, c’est de garder du jus pour le pic de fin. Il y a de plus en plus de personnes qui marchent. Et je l’admets, je dois poser le pieds à terre pour prendre le temps de boire. Le décompte des kilomètres est long. Mon cerveau a disjoncté depuis le haut de la Romme et ne me dit plus que je suis incapable de terminer. Je découpe tout en petits morceaux. Je visualise les kilomètres en tour de pistes d’athlétisme. Et ça y est, après un dernier virage, j’aperçois le haut du col à 2km. C’est ombragé, les cyclistes sont maintenant à l’arrêt sur le bord de la route, tous appuyés sur le bord de la roche à chercher le reste de jus qu’il leur faudra pour boucler. J’avance toujours lentement mais bizarrement ça va. Il faut savoir que depuis le debut, dans les cols il règne un silence glacial. Pourtant, à mesure qu’on approche du sommet, ça commence à être la fête dans ma tête.

Le haut du col. Je rejoins les filles qui semblent frigorifiées et fatiguées. On se couvre un peu, on recharge. Plus que 13km de descente. 13km qui vont être euphorisant. Tellement euphorisant que je ne sens plus la douleur dans mes jambes. À 3km de l’arrivée, on se réunit toutes pour franchir cette ligne d’arrivée.

Elle n’est plus qu’à 300m, on accélère, il y a de plus en plus de monde sur le bord de la route et on entend le public taper contre les parois de sécurité. C’est la fin, on passe ensemble la ligne, on l’a fait.

On entend le speaker scander que « Les Bornées viennent de boucler l’Étape du Tour 2018 ». 

Je pleure, bien évidemment. Je suis fière de ne pas avoir lâché, autant mon équipe que moi-même. Mes parents (la surprise du chef) et mon petit-ami sont là. Le staff de notre équipe Alltricks aussi. J’ai enfin le sentiment d’avoir porté jusqu’au bout la preuve que le cyclisme est un sport pour tous, un sport d’équipe. 

Cette expérience restera la plus difficile. Malgré des mois d’entrainements, 70% de l’épreuve, pour moi, est passée par le mental. J’ai encore beaucoup de progrès à faire, mais je n’ai jamais été aussi fière d’avoir pu mener un tel projet sportif et humain aussi loin. 

Merci à tous, amis, famille, proches, partenaires pour votre soutien. Et aussi étrange que cela puisse paraître, merci aussi à ceux qui n’ont pas cru en moi. Je sais maintenant de quoi sont capables Les Bornées, et vous n’avez pas terminé d’en entendre parler !

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